Aujourd’hui, l’initiative UDC réveille les mêmes réflexes isolationnistes et anti-étrangers qu’à l’époque. Trop simple de désigner les étrangers comme boucs-émissaires de tous les problèmes actuels, sans apporter de solutions, car cette initiative est dangereuse à plus d’un titre !
Elle veut isoler la Suisse du reste de l’Europe en dénonçant la libre circulation des personnes et, par conséquent, les accords bilatéraux avec l’UE.
L’initiative bafoue les droits fondamentaux et les droits humains qui protègent chacun de nous, Suisses et étrangers.
Les conséquences seraient graves :
1. La résiliation de la libre circulation des personnes qui entraînerait aussi la suppression des mesures d’accompagnement. C’est une attaque massive contre tous les salariés : la disparition de l’interdiction de discrimination entre salarié-e-s résidents et étrangers ouvrirait grand la porte à la sous-enchère salariale en mettant sous pression l’ensemble des salaires (dumping salarial) et un affaiblissement considérable de la protection, du contrôle des salaires ainsi que des conditions de travail dans toute la Suisse.
2. La dénonciation de la libre circulation des personnes entraînerait automatiquement la dénonciation des accords bilatéraux, qui ébranlerait profondément nos relations avec l’UE, alors qu’elle est notre principale partenaire commerciale. La moitié de nos exportations est destinée à l’UE, soit dix fois plus qu’à la Chine et trois fois plus qu’aux États-Unis. L’initiative compliquerait ces exportations et mettrait en danger notre prospérité. Elle risque d’entraîner des licenciements, une hausse du chômage et des pertes de revenus pouvant atteindre 2’500 francs par an et par personne.
3. Dans un contexte géopolitique instable, se mettre à dos notre principal allié et partenaire commercial ouvre la porte à toutes les pressions et jeux de pouvoir des grandes puissances (Russie, Chine, États-Unis, …) contre une Suisse isolée. Or, dans le contexte mondial actuel, il serait d’autant plus important que la Suisse s’efforce d’entretenir de bonnes relations avec ses partenaires européens, plutôt que de se recroqueviller sur une position isolationniste et très exposée. La sécurité de la Suisse (grande criminalité, terrorisme, espionnage,…) dépend aussi de la collaboration avec l’Union Européenne par l’accord de Dublin, qui tomberait avec les autres accords bilatéraux.
4. Aggravation de la pénurie de main-d’œuvre : L’économie suisse fonctionne grâce au travail de centaines de milliers de personnes de nationalité étrangère : hôpitaux, EMS, transports, construction, hôtellerie-restauration, industrie ou services ne peuvent fonctionner sans cet apport de main d’œuvre. Beaucoup d’autres branches ont d’ailleurs déjà du mal à trouver du personnel qualifié. Chasser du pays des travailleuses et travailleurs étrangers ferait exploser la pénurie de main-d’œuvre. Des branches entières risqueraient d’imploser et l’AVS serait mise en péril.
5. L’initiative veut supprimer de nombreux droits fondamentaux et droits humains des familles, des personnes réfugiées et des personnes de nationalité étrangère en Suisse. Elle bafoue les droits fondamentaux et le droit international ; elle pourrait mener à la réintroduction du statut précaire et inhumain des « saisonniers » en n’autorisant uniquement l’arrivée des travailleurs « utiles », mais sans leur famille. La menace de dénonciation par la Suisse d’accords internationaux tels que la Convention relative aux droits de l’enfant ou la Convention européenne des droits de l’homme fait craindre que le Droit d’asile ne soit de facto aboli.
6. Les droits et libertés des Suisses seraient aussi impactés : à l’avenir, il ne serait plus aussi facile d’étudier, de vivre ou de travailler dans d’autres pays européens. Des centaines de milliers de Suisses et de Suissesses de l’étranger vivant dans l’UE pourraient en outre perdre leur droit de séjour.
En bref : l’initiative plongerait la Suisse et nous toutes et tous dans le chaos. Pour toutes ces raisons : ne laissons aucune chance à cette initiative de l’UDC dans les urnes. Je vote NON le 14 juin !
Josiane Aubert,
ancienne conseillère nationale