Le système de santé suisse

Le début de l’automne marque l’annonce de l’augmentation des primes d’assurance maladie. Cette annonce suscite chez les assurés une anxiété d’autant plus vive qu’ils sont de plus en plus nombreux à avoir de la peine à payer leurs primes. Cette situation ravive aussi le débat sur l’avenir de notre système de santé, à l’heure où son financement change du fait de la réforme de la Loi sur l’assurance maladie (LAMal). Cette réforme, dite EFAS, prévoit un financement uniforme des soins de santé. Elle entrera en vigueur par étapes dès 2028.

La saison 2026-2027 de Connaissance 3 – Vallée de Joux s’est ouverte le 12 octobre sur une présentation d’un acteur engagé, le conseiller national socialiste Christian Dandrès. Avocat à Genève, Me Dandrès est aussi président du Syndicat des services publics (SSP), qui s’était opposé à la réforme EFAS. Au-delà des péripéties politiques dans ce domaine, Christian Dandrès situe l’évolution du système de santé dans un contexte économique plus large. En Suisse et en Europe, la finance investit de plus en plus dans des secteurs qui couvrent des besoins essentiels et où les investisseurs peuvent escompter des rendements élevés et stables. Le secteur de la santé en fait partie. La tendance de marchandiser les soins de santé se fait jour et l’on observe un transfert croissant de la santé du secteur public vers le secteur privé.

Pour Christian Dandrès, la réforme EFAS accentuera ce mouvement. Ses défenseurs avancent le financement uniforme des soins de santé comme un moyen de modérer les augmentations des primes puisque les cantons participeront directement au financement du secteur ambulatoire, ce qui n’est pas le cas actuellement. Pourtant l’orateur estime qu’à terme, le relatif désengagement des cantons dans le financement des autres secteurs pourrait alourdir la facture pour les assurés. Au-delà du bilan comptable présumé de la réforme, celle-ci fera des assureurs les véritables pilotes du système de santé. En effet, c’est à eux que la participation des cantons – globalement minoritaire – sera versée pour être redistribuée aux prestataires de soins. Christian Dandrès estime que les entreprises privées que sont les assurances maladie disposeront d’un pouvoir accru sur la gestion même du système, selon des critères en partie commerciaux. Ce pouvoir pourrait s’exercer notamment par le biais des modèles d’assurance « alternatifs », dans lesquels l’assureur détient un pouvoir d’orientation décisif sur les médecins contractants et sur les parcours de soins.

Cela dit, la privatisation du système de santé ne passe pas que par les assurances maladie. Ce sont les acteurs mêmes du système qui sont de plus en plus soumis à une logique commerciale. L’hôpital public est mis en concurrence avec l’hôpital privé, dans des conditions qui le pénalisent de façon structurelle. En effet, le secteur public doit assumer les contraintes d’un service de santé global, tandis que le service privé peut être plus sélectif. Il peut mettre l’accent sur les interventions programmables et plus rentables. Par ailleurs, le personnel du privé ne bénéficie pas nécessairement des mêmes conditions de travail que celui du secteur public. 

Pour conclure, Christian Dandrès reprend cette formule de l’intellectuel américain Noam Chomsky : « C’est la méthode classique de la privatisation : on réduit les financements, on laisse les services se dégrader, la population s’exaspère, puis on les livre au capital privé. » Or le système de santé doit fournir à chacun l’accès aux soins médicalement nécessaires, quelle que soit sa situation personnelle et cela sur la base d’un financement solidaire. Un système de santé largement privatisé et qui traite les soins de santé comme une marchandise ordinaire offrira-t-il ces garanties ?

Connaissance 3

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