Chère Valérie,
Je m’adresse à toi comme si tu étais toujours là. Mais ce matin, devant mon ordinateur, tu es là, près de moi.
Te rappelles-tu ?
Tu montas sur les planches du théâtre du Clédar pour la première fois en 1993. Tu te souviens ? C’était « L’Opéra de Quatr’sous », de Brecht, sous le chapiteau du cirque Helvetia au Brassus.
Tu venais de passer des nuits d’insomnies, d’angoisses, même de terreurs mêlées d’un trac irrépressible pour ce premier rôle au sein d’une compagnie qui t’intimidait. Et pourtant, tu n’avais que deux répliques.
Mais ces quelques mots, proférés devant le public du Clédar, furent une révélation pour toi. Jouer, se transformer, travailler en équipe, prendre du plaisir et en donner. Voilà une découverte qui t’a éblouie.
Après cette aventure mémorable, tu es entrée corps et âme au Clédar.
Puis les spectacles s’enchaînèrent, tous les deux ans, avec ou sans ta présence sur scène. Mais toujours fidèle au Clédar. Devenue secrétaire du comité, tu nous accompagnas dans de nombreuses aventures incroyables. Avec cette tendresse et cette bienveillance qui nous nourrissaient. Toujours attentive aux à-côtés si précieux du spectacle, tu tissas de forts liens avec les bénévoles, les gens du service et de la cuisine, où d’ailleurs ta maman était toujours là.
Avec ton humour à la fois amical et léger, même si parfois il était un brin caustique, tu enchantas nos assemblées générales par la lecture de tes procès-verbaux que tout le monde attendait avec gourmandise.
Mais parlons aussi de ton courage ! Malgré la maladie, les rechutes, les traitements, tu as toujours eu à cœur de combler de bonheur non seulement tes complices de scène, mais surtout un public fasciné par ta présence. Je pense notamment à ce rôle de Roi Lear de Shakespeare que tu incarnas avec tant de force avec ta complice Corinne.
Chère Valérie, pendant près de 35 ans, tu nous as offert ton amitié, ton humour, ta bienveillance et ta fidélité.
Il n’est pas facile pour nous de continuer le chemin sans toi. Mais en ouvrant doucement nos cœurs, nous découvrons que tu es toujours là. Parmi nous.
C’est pour tous ces souvenirs, ces heures inoubliables, ces rires et ces moments de complicité que nous te disons MERCI.
Au nom de la troupe du Clédar,
Georges-Henri Dépraz
