Les élèves de l’école de L’Orient, lorsqu’ils détournent le regard de leurs pupitres, peuvent admirer l’une des beautés de leur village par la fenêtre : la prairie d’un magnifique champ (parcelle 1031), le commencement du domaine de la Trompette. Ils peuvent y découvrir l’œuvre d’un métier insuffisamment valorisé : le savoir-faire des paysans, le travail de ceux qui nous nourrissent, dont nous dépendons vitalement.
Toutefois, la nouvelle mouture du PACOM pourrait faire disparaître cette prairie bien qu’elle se trouve hors de la zone de densification de la Commune (Le Sentier et Le Brassus). Car la Commune du Chenit a décidé que ce champ, qui de tout temps a été voué à l’agriculture, pourrait être constructible. Étrange décision alors que la population de La Vallée est stable et qu’une construction sur ce champ satisferait surtout les intérêts financiers de promoteurs immobiliers qui habitent la Plaine. Alors que la Commune est tenue par le Canton de dézoner. Alors que les pâturages des crêtes se dessèchent lors des canicules d’une manière qui rend d’autant plus précieuses les prairies du bas de La Vallée. Alors que 55 oppositions individuelles et collectives ont été formulées il y a cinq ans lorsqu’un projet immobilier de construire trois immeubles sur ce champ a été élaboré.
Car ce champ n’a pas d’accès naturel. Si ce champ demeurait constructible, la Commune aurait l’obligation de lui trouver une voie d’accès. La voie la plus directe traverserait les garages qui séparent ce champ de la route, pour déboucher face à l’école et à son arrêt de bus scolaire récemment construit et remarquablement élaboré. Attention, danger ! L’autre accès descendrait le long du flanc de l’ancienne gravière en direction de ce qui a aujourd’hui pour nom informel le « parking du téléski ». Je pense que ce lieu porte mal ce nom, un nom qui pourrait malheureusement disparaître avec la neige. Le nom que ce lieu mériterait de porter est celui de « place du village ».
Nous rendons-nous compte que construire sur la parcelle 1031 enlèverait au village sa place, une place qui pourrait prendre une importance nouvelle dans un futur proche ?
Le choix que ce champ demeure constructible serait lourd de conséquences. Sa construction imposerait la création d’une route sur cette place. Cette route emporterait le lieu de répétition de la chorale de L’Orient, ainsi qu’une place de jeu pour enfants jardinée et pourvue de quelques bancs, avant de traverser l’actuel parking du téléski, puis le lieu de recharge des voitures électriques et le parking de l’épicerie de L’Orient. C’est beaucoup de nuisances pour un immeuble ! La seule place du village deviendrait un espace de transit plutôt qu’un lieu de rencontres des villageois.
Oui, ce lieu est la place publique naturelle, évidente, du village de L’Orient. Cette place est une ancienne gravière devenue un bel espace de nature qui héberge une sympathique et précieuse épicerie. Elle est située au milieu du village. Elle est ronde. De grands arbres ont poussé sur ses flancs, qui offrent leur ombre en été. Je peux imaginer que les habitants du village et leurs autorités actuelles aient conscience de son potentiel. Cette place pourrait accueillir une cantine pour les jours de fête. Elle pourrait être développée comme un jardin public plutôt que comme une route, un jardin où il ferait bon se retrouver et discuter dans la fraîcheur du soir. Un lieu où cultiver le vivre-ensemble. De plus, cette place est fondamentalement un îlot de fraîcheur pour le village, dont nous pouvons sentir aujourd’hui toute l’importance, par temps de canicule. Demain, avec le réchauffement climatique, il est vraisemblable que nous ayons de plus en plus besoin de telles oasis !
L’une des dispositions directrices du PACOM est de protéger les lieux publics. Je ne peux qu’espérer que la clairvoyance de nos autorités communales et villageoises saura exercer cette disposition quant à la place du village de L’Orient en préservant ce que sont fondamentalement la parcelle 1031 et le domaine de la Trompette : une zone agricole avec en son sein une place villageoise.
Luc Magnenat
16 rue Centrale, 1341 L’Orient