Est-ce vraiment le bon moment ?

Le 5 octobre prochain, le Conseil communal du Chenit sera appelé à prendre l’une des décisions financières les plus importantes de l’histoire de la commune, littéralement le plus gros investissement public de l’histoire de notre Vallée, en se prononçant sur un crédit de construction de plus de 45 millions de francs destiné à la réalisation d’infrastructures scolaires, parascolaires et sportives dans le cadre de la première phase de l’École du Futur. 

À moins de trois mois de l’entrée en vigueur de la fusion des communes du Chenit, du Lieu et de L’Abbaye, une question mérite, à mon sens, d’être posée : est-ce vraiment le bon moment pour prendre une décision d’une telle ampleur ?

Si ce crédit est accepté aujourd’hui, un éventuel référendum s’exercera dans le cadre de la Commune du Chenit. Les citoyennes et citoyens du Lieu et de L’Abbaye, qui deviendront pourtant dès le 1er janvier 2027 contribuables de la même commune et participeront au financement de cet investissement, ne pourront pas prendre part à cette éventuelle démarche référendaire.

À l’inverse, si cette décision est prise par les nouvelles autorités de La Vallée de Joux, l’ensemble de la population de la nouvelle commune bénéficiera des mêmes droits démocratiques. Selon moi, il s’agit là d’une question fondamentale.

Il ne s’agit donc pas de dire aujourd’hui « non » à l’École du Futur, de remettre en cause la nécessité de disposer d’infrastructures scolaires adaptées, la qualité du projet et encore moins les porteurs de celui-ci. 

La question est autre : qui est, institutionnellement et démocratiquement, le mieux légitimé pour prendre une décision de plus de 45 millions de francs dont les conséquences financières seront essentiellement assumées par les autorités et les contribuables de la commune qui naîtra le 1er janvier prochain ?

C’est là, à mon sens, que se situe le véritable enjeu : ce qui est légalement possible n’est pas nécessairement institutionnellement opportun.

Le Conseil communal du Chenit a la compétence de se prononcer aujourd’hui. Mais devons-nous pour autant engager une telle somme, à quelques semaines de la disparition de notre commune en tant qu’entité institutionnelle, alors que ce sont les futures autorités de La Vallée de Joux qui devront en assumer les conséquences financières ? 

À mes yeux, la prudence institutionnelle et le respect des droits démocratiques plaident pour que cette décision soit laissée aux nouvelles autorités de La Vallée de Joux même si à ce jour, on nous dit que le projet est parfaitement abouti, qu’il est mûr, qu’il ne faut plus perdre de temps et aller de l’avant.

Il ne s’agit pas de repousser le projet pour le principe de le repousser mais, comme mentionné auparavant simplement de permettre à celles et ceux qui devront en assumer durablement les conséquences — élus comme citoyens — de pouvoir pleinement participer à cette décision.

Raymond Lavanchy

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