Les dix ans du collectif du Joran, à Orbe

2006

Quelques jeunes se retrouvent dans un bar alternatif et là, la discussion est enflammée et les questions fusent

- Où en suis-je aujourd’hui avec le métier que j’ai appris ?

Oui, car ils/elles ont appris un métier, du bijoutier au géographe en passant par couvreuse, informaticien etc…

Ce qui les unit, ces grandes interrogations : « comment se libérer de choses, d’un système, d’un fonctionnement inadéquat, que cela soit au niveau social, matériel, écologique ? ».

- Alors, comment imaginer un lieu qui correspond pour vivre d’une manière plus saine et plus juste ?

La magie opère… deux jeunes alors décident d’entreprendre pour l’une l’apprentissage d’agricultrice et pour l’autre de suivre l’école de Lullier (Centre de Formation Professionnelle Nature & environnement). Cette période confirme leur choix : travailler la terre mais pas n’importe comment !

Ils/elles deviennent alors des néo-paysans/nes (retour à la terre de personnes formées à une première profession). Quelques agriculteurs leur prêtent du terrain et dans un premier temps, ils vont cultiver des semences et des légumes pour leur propre subsistance… et puis ils vont chercher plus grand et au bout de 10 ans grâce à un héritage, ils/elles pourront acquérir la copropriété d’une ferme et des terrains qui fort heureusement pourront être cultivés exclusivement par eux, cela représente  9 hectares de terre maraîchère. J’écris : ils/elles pourront, car il est bien clair que cette nouvelle aventure va se construire à plusieurs et dans un esprit de partage total.

Une dizaine de jeunes gars et filles ayant déjà des vécus dans des milieux similaires se retrouvent, il y en a qui viennent de Genève canton précurseur du collectif en milieu rural : 12 avril 2017, la coopérative maraîchère « Jardin des Charrotons » cesse son activité. C’est la disparition d’une ferme de plus en Suisse
(3 par jour selon le syndicat Uniterre). Cette date symbolise aussi les 10 ans de la coopérative. Tristesse et amertume, cela va de soi, mais aussi l’occasion de dévoiler et de rappeler ce que ce lieu a été, a permis et inspirera. 

« Il faut construire des petites cellules pacifiques, des cellules de bienveillance qui permettront une transformation de la société. » De Pierre Rabhi.

Tous sont portés par ce projet collectif, tout de même cela comporte des exigences et des états d’esprit comme : voir l’intérêt du groupe avant son propre intérêt. Faire preuve d’empathie, de bienveillance et d’écoute. Pour avancer tous ensemble, ils se retrouvent très fréquemment pour des discussions pratiques, théoriques mais aussi de fond. Les bénéfices sont répartis selon le travail et les besoins de chacun et bien sûr, ils se nourrissent de leurs propres cultures… ils/elles vivent très modestement !

Les débuts sont difficiles, les lombrics avaient déserté cette terre mais il restait de nombreux cailloux (les lombrics : pour donner un ordre de grandeur, il y en a entre une et trois tonnes à l’hectare, en tous cas dans les sols où l’homme n’a pas posé ses sales pattes) Du livre de Gaspard Koenig : Humus.

Ils sont en conversion bio et peu mécanisée, donc, il faut des mains, beaucoup de mains !

Des retraités et des apprentis intègrent l’équipe. 

C’est là qu’intervient l’Association « Ramène ton panier » fondée par Marine et Lucille et un maraîcher qui ont à cœur de proposer des légumes bio et de proximité aux habitants de la Vallée de Joux. C’est ainsi que s’ouvre un point de dépôt pour les paniers hebdomadaires des Trois Vallons, dont le Joran fait partie.

Les personnes qui reçoivent les paniers sont invitées à participer une demi-journée par année aux travaux de la ferme du Joran.

L’évolution en dix ans du collectif du Joran ?

De l’équipe de base, il reste un bon noyau, qui espère encore et toujours partager leurs valeurs et leur travail avec d’autres et voir ainsi se perpétuer ce qu’ils ont déjà mis sur pied !

Les avantages du collectif : le partage des responsabilités, la possibilité de prendre des jours de congé et des vacances, ne pas être seul/e sur son lieu de travail.

En parlant avec les uns et les autres, j’ai réalisé à quel point, ils/ elles sont polyvalents/es. Comme ils/elles aiment apprendre et partager leurs connaissances, vont demander des conseils et de l’aide à droite et à gauche. C’est ce qui leur permet d’avoir aujourd’hui en plus des légumes et des  céréales : des vignes, des arbres fruitiers,  une tofuterie : dans laquelle ils/elles font leur propre tofu à partir de leur récolte de soja, fabrication de pain au vieux four à pain de Croy.

C’est un lieu où chacun peut développer et acquérir de nouvelles compétences sans cet esprit de compétitivité.

Leurs projets et envies : Construire un fournil sur le terrain même. Un séchoir à fruits et compléter certains travaux… mais comme me disait une personne « l’hiver est trop court et l’été bien chargé ».

« Pierre Rabhi définit  ce qu’il appelle l’insurrection des consciences et pose la question de l’engagement et de la responsabilité de chacun ».

Comment pouvons-nous les aider : en prenant leur panier ou en allant acheter dans leur magasin des produits presque du coin : ferme bio du Joran, Chemin des Philosophes 15, Orbe. Vous pouvez vous rendre sur leur site :  https://www.panierbio3vallons.ch/ et ainsi découvrir leurs propositions.

À l’instar de Luigi d’Andrea, scientifique et agriculteur d’une micro-ferme à Boudry, leurs propos se recoupent : « Les paiements directs agricoles sont calculés à la surface : Nous n’en touchons donc presque pas, alors que nos légumes sont climatiquement neutres, contrairement aux grosses fermes qui recourent massivement au pétrole via les engrais, les pesticides et les tracteurs ». Lu dans le journal « Le Courrier ».

Leurs soucis et leurs besoins : comme vous le savez déjà, ils ont dû arroser beaucoup pour obtenir des légumes soit dit en passant de très bonne qualité. Ils souhaiteraient un prix différencié pour l’achat de l’eau et obtenir de leur commune un peu de terrain.

« Le système capitaliste et l’écologie sont incompatibles car le capitalisme est par essence cumulatif » De Pierre Rabhi Mouvement pour l’Insurrection des Consciences.

« La décroissance n’est pas une orientation politique idéologique, c’est une évidence bio-géophysique si on veut pérenniser les sociétés humaines » de Nathanaël Wallenhors, chercheur français, lu dans le journal le Courrier du 24 juillet 2026.

Comme j’ai suivi ce collectif depuis sa création et que je les sais très discrets/es, j’ai eu envie d’écrire et ainsi peut-être les encourager et les féliciter pour leurs : audace, persévérance et d’avoir su maintenir le cap sur une manière de vivre plus saine et plus juste et plus inclusive. Et, j’ai eu l’envie de le partager avec d’autres… peut-être avec vous ?

Corinne Rochat-Yersin, le 24 août 2026

Pierre Rabhi : Pionnier de l’agroécologie en France, il a fondé le mouvement Colibris et a popularisé le concept de la « sobriété heureuse», plaidant pour un mode de vie respectueux de la nature et de l’humain.

Qu’est-ce que le panierbio3vallons et environs ? C’est une Association à but non lucratif qui réunit des agriculteurs/ices et des mangeurs/euses de la région du pied du Jura Vaudois entre Cossonay, Orbe et la Vallée de Joux.

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