
Fermée depuis 1979, la ciblerie du stand de tir de la Lande-Dessous, exploitée dès 1933 par la Société de tir de campagne du Brassus, garde encore aujourd’hui les traces de près d’un demi-siècle d’activité. Le Conseil communal du Chenit a validé en juin 2025 le préavis n° 06/2025 portant sur l’assainissement de ce site, dernière étape en date d’un dossier ouvert il y a plus de quinze ans.
Le stand comptait seulement six cibles, mais chaque tir y a laissé sa marque.
Le noyau plomb-antimoine des munitions ne se dégrade pratiquement pas à l’échelle humaine : il s’oxyde en surface, mais le métal reste présent dans le sol, pour l’essentiel indéfiniment, tant qu’il n’est pas excavé. Une première investigation technique, menée en 2010 au moyen d’un détecteur de métaux, avait déjà mis en évidence une contamination dépassant largement les seuils réglementaires – jusqu’à plusieurs dizaines de kilos de plomb par tonne de terre dans les zones d’impact direct.
Ce qui a surpris jusque dans les rangs communaux, c’est l’ampleur de la surface finalement concernée : le décapage porte sur plus de 150 mètres dans les deux dimensions, un périmètre bien plus large que la seule ligne de tir. Une nouvelle campagne de mesures, réalisée en 2025 par fluorescence X (méthode nettement plus précise que le détecteur de métaux utilisé en 2010), a révélé des concentrations anormales jusqu’en dehors des trajectoires normales de tir. Les causes exactes de cette extension latérale – ricochets, remblais de démolition réutilisés sur place, migration du plomb par ruissellement sur plus de quarante ans de terrain en pente – ne sont pas formellement établies, mais le bureau mandataire a choisi d’élargir le périmètre d’excavation par précaution plutôt que de risquer de devoir revenir sur le chantier.
L’assainissement doit impérativement être achevé avant le 31 décembre 2025. Ce délai n’a rien d’arbitraire : l’article 32e bis de la loi fédérale sur la protection de l’environnement prévoit une participation de la Confédération aux frais d’investigation, de surveillance et d’assainissement des sites pollués situés en zone de protection des eaux souterraines – ce qui est le cas de la Lande-Dessous – à condition que les tirs dans le sol y aient cessé avant cette date. Une révision de la loi, entrée en vigueur le 1er avril 2025, redéfinit par ailleurs les modalités d’indemnisation fédérale des buttes de tir, avec un objectif national d’achèvement des assainissements fixé à 2045.
Selon la demande de permis de construire, le chantier implique un défrichement temporaire de 3111 m² pour permettre l’excavation des terres polluées, suivie d’une remise en état du terrain avec de la terre végétale propre. Aucun bâtiment n’est concerné, le site se trouvant hors zone à bâtir. Les travaux sont conduits par le bureau Prona Romandie SA (Yverdon), sous la supervision d’un mandataire externe et du personnel technique communal, et bénéficient de subventions attendues de la Confédération et du Canton de Vaud, réduisant d’autant la part à charge de la Commune.
Ce chantier illustre, à l’échelle discrète d’une petite commune de la Vallée de Joux, un phénomène plus général : la lenteur avec laquelle le sol restitue les traces d’une activité humaine pourtant arrêtée depuis longtemps. Quarante-six ans après le dernier coup de feu tiré à la Lande-Dessous, il aura fallu deux campagnes d’investigation, un changement de technologie de mesure et un cadre légal fédéral remanié pour que le site retrouve enfin un sol conforme.
Sources : Préavis municipal n° 06/2025, Commune du Chenit ; Feuille des Avis Officiels du canton de Vaud (mise à l’enquête P-140-62-1-2025-ME) ; Office fédéral de l’environnement (OTAS) ; loi fédérale sur la protection de l’environnement (LPE), art. 32e bis.

Sources : Préavis municipal n° 06/2025, Commune du Chenit ; Feuille des Avis Officiels du canton de Vaud (mise à l’enquête P-140-62-1-2025-ME) ; Office fédéral de l’environnement (OTAS) ; loi fédérale sur la protection de l’environnement (LPE), art. 32e bis.