La chronique du petit entrepreneur 


Est-ce que la Suisse va exploser ?

M’a demandé mon neveu de 5 ans. Il avait passé l’après-midi chez sa grand-maman et entendu son amie Simone dire « Au bout d’un moment, la Suisse va finir par exploser ». Entre deux parties de Playmobil, il avait tendu l’oreille en dégustant son sirop grenadine à la cuisine, loin des belles batailles chevaleresques du salon. Certainement que les deux dames étaient en plein débat – comme tant d’autres – au sujet de la votation du 14 juin prochain.

J’ai commencé par le rassurer, en lui disant que quoiqu’il arrive, la Suisse n’allait pas exploser. De plus, il m’a posé une autre question intéressante : est-ce qu’on peut bloquer la Suisse ? Mon neveu ne parlait évidemment pas au niveau économique mais bien démographique. Est-ce qu’un jour, le gouvernement – telle que la Chine il y a quelques années – pourra stopper les naissances par exemple. Parce qu’au-delà des frontières, le défi peut également provenir de l’intérieur. Et c’est bien tout l’enjeu de cette votation. Quel est son objectif ? Parce que l’histoire de l’humanité nous l’a montré ; empêcher la population mondiale de croître c’est impossible. En revanche, effectivement, on pourrait se barricader, bloquer les frontières et refuser des permis de travail. D’ailleurs, j’ai appris l’autre jour que si on avait un permis de travail, on pouvait de toute façon venir en Suisse en toute légalité, car dans le cas où la Suisse a besoin de nos compétences professionnelles, c’est OK. Quel honneur, quel bonheur !

Mais alors on refusera qui ? Les touristes ? Pauvres hôtels… La libre circulation des membres de l’UE ? Ça me paraît un peu audacieux. Donc on remballerait ceux qui viennent illicitement en Suisse. Pourtant, ce n’est pas déjà le cas ? Dans le sens où si c’est déjà illégal maintenant, est-ce que ça sera encore plus illégal après ? Et c’est là qu’on m’a perdu avec cette votation. Comment peut-on concrètement limiter l’accès à un pays ? Où est-ce qu’on veut simplement renforcer les contrôles ? Vous me connaissez, je suis peu avare de politique, encore plus quand celle-ci divise la population plutôt que de la rassembler sur des causes. Je suis profondément patriote. J’aime la Suisse, à tel point que dimanche passé, j’ai pleuré en écoutant l’hymne national au Wankdorf lors de la Coupe de Suisse. Je dois laisser ça aux Suisses allemands – ils connaissent mieux les paroles.

Nonobstant (j’ai toujours rêvé de placer ce mot), revenons à mon neveu. Je lui ai aussi expliqué qu’on ne faisait pas assez d’enfants aujourd’hui et que pour la première fois de l’histoire, il y avait plus de gens de plus de
65 ans que de moins de 25 ans. Du coup, on a trop de vieux dans le pays et on va devoir se démener pour payer leur retraite. Il y a plusieurs solutions : plus de gens qui bossent, plus d’impôts, plus de TVA, donc moins de pouvoir d’achat et du coup, moins de Playmobil… Il n’était pas d’accord pour la dernière solution et je le comprends. Ainsi, dans les trente prochaines années, c’est là que nous allons avoir besoin de plus de personnes pour bosser (pour payer de l’AVS), alors si mes calculs sont bons, une fois que les baby-boomers seront décédés, tout rentrera dans l’ordre ! Plus que quarante ans à attendre. J’aurai 74 ans et heureusement, car à ce rythme-là, ça sera l’âge de la retraite en 2066. Les caisses seront pleines, je me réjouis déjà.

Je vous propose d’aborder l’avenir de façon positive et de vous questionner lucidement. Comment puis-je contribuer à préserver ma retraite, ma qualité de vie, l’accès au logement et surtout, le fabuleux ADN de notre magnifique pays, sans péjorer son développement naturel et me renfermer sur moi-même ? Restons optimistes et ouverts d’esprit pour garantir la prospérité sociale, culturelle et économique de la Suisse. Le monde a besoin de sérénité et la Suisse a besoin de votre vote. Aux urnes camarades !


Lucien Meylan

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