Le 22 avril, la Cabane de la Tranchée affichait complet : 55 personnes réunies. Au-delà des membres du PEHVO venus pour leur Assemblée Générale, la salle rassemblait agriculteurs et alpagistes, élus, représentants de l’environnement, représentants de l’industrie horlogère, et citoyens curieux, autour d’une même table. Une mixité rare, et le pari, tenu, de l’écoute mutuelle plutôt que de l’opposition.
Invité par le PEHVO, Marc Gilgen, ingénieur agronome auprès d’AGRIDEA — centre indépendant de conseil pour l’agriculture suisse —, a livré une intervention claire, ancrée dans le terrain. Il a rappelé ce que projette MétéoSuisse : +14% de précipitations en hiver, mais −16% en été, précisément quand les alpages en ont le plus besoin. Et dans un massif calcaire comme le Jura, où le karst ne retient presque rien, le stockage devient un enjeu vital. L’été 2022 — citernes sur les routes d’alpage, armée mobilisée, désalpe précoce — n’est plus une exception, mais une normalité possible des décennies à venir.
Très vite, les échanges ont dépassé l’exposé. Agriculteurs, industriels et défenseurs des milieux aquatiques ont partagé leurs réalités : difficulté d’investir et pression réglementaire pour les uns ; enjeux d’approvisionnement pour l’horlogerie ; ruisseau du Brassus aux tronçons à sec et débits de l’Orbe en baisse continue depuis 1994 pour les autres. Dans ce dialogue sans fard, le faux dilemme s’est défait. Personne, dans la salle, ne voulait sacrifier l’agriculture, ni l’industrie, ni les rivières. La vraie question, posée collectivement : comment, ensemble, faire en sorte qu’il y ait demain de l’eau pour tous ?
Cette question a un nom : la gestion intégrée — ou globale — de l’eau. Une approche qui considère l’ensemble du bassin versant, anticipe au lieu de réagir, pèse les usages dans une vision partagée. Récupération des eaux de pluie, citernes adaptées, entretien des captages, restauration des zones humides, forages profonds, captages: aucune piste n’est miraculeuse seule, toutes ensemble dessinent une réponse.
Au-delà de la conférence, c’est la rencontre qui aura marqué cette soirée. Pour la première fois depuis longtemps, des acteurs qui se croisent rarement se sont parlé directement, sans posture. C’est exactement ce que le PEHVO cherche – depuis longtemps – à favoriser : non pas opposer, mais réunir ; non pas trancher, mais construire ensemble une vision durable de l’eau à La Vallée.
Alors : la vache ou la truite ? Et pourquoi pas les deux, mon général ! Et vous ajouterez du fromage d’alpage et une bonne rasade d’eau fraîche pour accompagner la gentiane. Ce 22 avril, autour de la table de la Tranchée, ce n’est plus seulement une formule : c’est devenu une promesse partagée.
Le comité du PEHVO, qui remercie l’ensemble des intervenants et spectateurs présents pour cette belle soirée.
PEHVO