
Aujourd’hui :
Les promesses orphelines, de Gilles Marchand,
Aux forges de Vulcain, 2025. – 274 pages
« Êtes-vous très heureux, assez heureux ou pas très heureux ? »
C’est l’histoire d’un cadet, d’un petit frère, d’un élève pas très bon et un peu trop rêveur, d’un gamin de la ville qui grandit à la campagne, en France dans les années 50. C’est l’histoire de Gino, un garçon amoureux, avec des rêves plein la tête. Des rêves de grandeur. C’est aussi l’histoire d’une époque, celle des Trente Glorieuses, où tout semble à portée de main. Tout semble possible, les rêves les plus fous se réalisent. On marche sur la lune, on invente un aérotrain qui reliera des villes à des vitesses phénoménales. On fait de véritables prouesses dans la construction et dans l’ingénierie.
C’est une époque où le progrès avance vite, si vite qu’on se retrouve avec un mélange autant complexe que savoureux entre ruralité et technologie. Une sorte d’entre-deux, de déjà et de pas encore, qui fait fantasmer. On regarde la technologie arriver, on ne sait pas toujours bien ce que c’est, mais on en imagine les contours, la portée, les répercussions. On en parle beaucoup et on en entend parler beaucoup.
Certains se méfient, certains se fâchent, certains s’effraient. Et puis il y en a d’autres qui se projettent et qui rêvent. Ceux comme Gino.
Gino est un rêveur, mais ses rêves font parfois des bras de fer avec la réalité. D’autres fois, ils se fracassent contre de mauvais conseillers ou contre des désillusionnés. En les écoutant, Gino se retrouve à errer, à devoir réajuster, rafistoler, se choisir d’autres rêves de seconde main. Ce n’est pas vraiment un rêveur combatif, c’est plutôt un rêveur contemplatif. Il a cependant en lui ce quelque chose qui semble malgré tout perdurer, une sorte d’optimisme ou d’espoir indétrônable. Je crois que c’est ce qui en fait sa force.
Le roman traverse les années avec ses personnages (et ses publicités), dans une poésie et un soupçon de nostalgie, tout en restant réaliste. L’auteur n’essaie pas d’idéaliser une époque passée, mais il sait soulever ses aspects moins reluisants. J’ai apprécié ce parti pris de mettre en valeur l’extraordinaire de ces années, sans pour autant gommer les erreurs et les absurdités du passé.
J’ai ainsi eu l’impression d’avoir été pris au sérieux en tant que lecteur. J’ai d’autant apprécié ce regard presque candide de Gino sur le monde. Un regard à la fois émerveillé et interrogateur.
Une question intéressante est posée dès le début de la lecture et continue de résonner une fois la
dernière page tournée : « qu’est-ce qu’une vie réussie ? »
Aloys Benoît,
Médiathèque de la Vallée de Joux
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