Saint Norbert, fondateur de l’ordre Prémontré devint archevêque de Magdebourg : qu’est-ce qu’il en a fait comme chemin…

Un court rappel historique pour donner quelque profondeur à la commémoration qui se prépare à L’Abbaye en mai prochain. 900 ans, c’est tout de même une somme vers laquelle se retourner pour laisser un brin de reconnaissance. Abordons aujourd’hui l’origine de l’ordre, comment il fut reconnu par Rome, tout en soulignant que le chemin du saint n’a pas traversé notre Vallée, mais ce furent ses disciples qui s’établirent au bord du lac, lors de parcours entre le monastère de Saint Claude (anciennement Condat, St Oyend-de-Joux) et Romainmôtier. Pour raccourcir certains aspects, relevons que l’influence purement prémontrée n’aura duré que 410 ans, disparaissant à la Réforme. Une forme de « résurrection » réjouissante, avec la préparation de cette fête à coloration médiévale.


↖ À L’Abbaye, le chemin de St Norbert débute par ce vitrail de l’artiste Anne-Lise Vullioud, et se poursuit par la découverte des 8 autres présentant la vie économique vers la fin du Moyen-Age.

Saint Norbert, le père fondateur de l’ordre est né à Xanten dans une famille de la noblesse germanique : les comtes de Clèves et les Guise. Il reçoit une éducation soignée et devient chapelain à Cologne à 30 ans. En l’an 1115 sur son cheval foudroyé, il chute et entend alors le Seigneur lui demander ce qu’il fait de sa vie dans une vision bienheureuse « des morts au paradis » (vraisemblablement un EMI). Ce qui le conforta et l’incitera à porter la parole de Vie éternelle et le pain du Christ aux plus démunis. Il abandonne fortune et carrière, et s’ouvre à une existence itinérante avec un âne et une chapelle portative, toujours bien accueilli dans les villages et hameaux reculés. Il va sans dire que ce prêtre mendiant est alors vu d’un mauvais œil par les évêques. Avant de recevoir l’ordination, il entreprend de traverser la France nu-pieds pour rencontrer le pape Gélase II. Quatre ans plus tard, ses pérégrinations d’apôtre l’amènent au concile de Reims où le pape Calixte II confie ce « fou de Dieu » à l’évêque de Laon, Barthélémy de Joux.

Recruteur charismatique, Norbert est rejoint par de nombreux compagnons à Prémontré, qui tous s’engagent à Noël 1121 par leurs vœux religieux. 4 ans plus tard à Rome l’approbation papale est confiée à cette nouvelle famille de la chrétienté qui compte déjà 8 maisons. Mais Norbert, toujours sur les chemins entre les villes et bourgs, délaisse la gestion à l’équipe dirigée par Hugues et quelques frères pour reprendre sa mission pastorale auprès des humbles, dormant à la belle étoile ou dans les granges. Conscient de ses responsabilités, il collecte néanmoins dans les contrées qu’il fréquente au cours de ces premières prédications et s’empresse de faire parvenir le fruit de ses quêtes sur le chantier d’édification de l’abbaye de Prémontré. 

En 1230, le bilan de l’ordre est impressionnant : en dix ans, les installations de plus en plus urbaines se sont multipliées vers le duché de Lorraine, le comté de Champagne, de Flandre, en Picardie et en Normandie, les autorités de l’ordre œuvrent de concert avec l’administration royale, les progrès sont grands : de six abbés connus en 1128 ils seront plus de cent en 1164 qui feront vivre l’entreprise prémontrée sur tous les fronts religieux d’Occident. Elle monte en puissance et suscite autant de ferveur participative et populaire que d’inquiétudes au sein des milieux de pouvoir de l’époque.

Norbert s’engage à valoriser et à faire protéger ses donateurs par la foule des fervents partisans de l’ordre. Hugues des Fosses, son ami et successeur lui fournit les hommes selon les compétences, religieux chargés de la pastorale, clercs savants ou gestionnaires, convers hommes de l’art ou simple conducteurs de charroi ou manœuvres. Norbert qui, souvent isolé, reste en contact avec les valeureux moines et affiliés à l’ordre œuvrant dans les tâches concrètes, incite à une extrême générosité et parvient même à toujours nourrir les nécessiteux et affamés qui affluent en masse, causant la frayeur des moines blancs de Prémontrés débordés au cours de l’hiver 1123 exceptionnellement neigeux. Le 16 février 1126, Norbert reçoit du pape Honorius II la bulle de confirmation Apostolicæ disciplinæ, qui approuve le choix de la règle de St Augustin et confirme les possessions de Prémontré. La même année, il est nommé archevêque de Magdebourg en Saxe : un grand changement. Contraint par ses nouvelles fonctions de quitter son abbaye, mais il veillera à garder un lien étroit avec son premier disciple Hugues. C’est un épiscopat missionnaire qui s’engage à l’évangélisation du peuple Sorabe (ou Serbes de Lusace), une minorité linguistique au nord de la Bohème, encore à christianiser en ce XIIe siècle. 

Il est curieux qu’un des grands acteurs chrétiens de l’évolution des chanoines réguliers, les impliquant dans une humble et saine mission pastorale, n’ait été canonisé que tardivement par l’Église en 1582. L’ordre des Prémontrés, à l’esprit souvent militaire, investissant des domaines peuplés ou urbains, avec ses soldats, ses artisans ou ses hommes ou femmes de peine, a aussi été impliqué dans nombre de conflits aux marches militaires et religieuses de la Chrétienté. Par son organisation rigoureuse, il anticipe tout en gardant pour lui sa singulière mystique de « la fin de l’humanité » et sa pieuse humilité pastorale des ordres de chevaliers teutoniques. La décadence de certaines branches à partir du XIVe et la multiplication des abbayes mises en commende, voire à l’abandon ternira son prestige.

La Réforme entreprise en 1536 sous l’influence des préceptes, à une époque de vigoureuses croissances des missions et de réaffirmation pastorale face aux multiples églises protestantes en extension, explique le regain d’intérêt historique pour ce personnage fascinant de Norbert de Xanten, prêtre tardif et prélat décisif.

Bien après sa mort en 1134, la translation de sa dépouille sera convoyée en terre catholique par le cours de l’Elbe jusqu’à Prague, au monastère de Strahov où il est encore vénéré. Concluons par la devise adoptée par St Norbert : 

« Écrire avec parcimonie, mais accomplir sans réserve » « Wenig schreiben aber viel tun »

JR et Wikipédia

↖ Norbert de Xanten, 1080-1134, tableau à l’église de Schlägl, Autriche

↖ Un des vitraux du Chemin de St Norbert rend hommage aux scieurs de long – une riche épopée dans l’exploitation du bois sur le cours de la Lionne.

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