M’a demandé mon collègue l’autre jour, à la pause de midi. Honnêtement, j’aurais préféré qu’il me demande de lui expliquer le conflit israélo-palestinien plutôt que de répondre à cette question. Ce n’est pas que je ne m’intéresse pas à la politique vaudoise, mais sincèrement, je n’y comprends rien. Tous ces visages au bord des routes me laissent perplexes et leurs partis, encore plus. La gauche, la droite, ça veut dire quoi ? Parce que finalement, est-ce qu’on ne veut pas toutes et tous la même chose ? Des hôpitaux qui fonctionnent, des routes goudronnées, des trains à l’heure, des loyers pas trop chers, des enseignant·es passionnés pour nos écoles, des clubs de sport accessibles, des vitrines achalandées, des restaurants ouverts et quelques sous de côté pour partir en vacances deux-trois fois par année ? Un bon discours de gauchiste, ça… Et pourtant.
Lorsque l’on crée une entreprise et qu’on souhaite grandir, engager du monde et gagner notre vie convenablement, c’est une vision de droite. Apparemment. Donc, en résumé, l’ambition est de droite. Mais attention, si on est cadre supérieur·e dans une institution, une fondation ou une association, on règne pour faire le bien. Grand seigneur. La gauche moderne, la gauche « caviar », disent-ils après une fondue arrosée. Est-ce que ça serait le mot « bénéfice » qui est tabou à gauche ? Par contre, si on a un budget de l’État, ou en partie, et qu’on le dépense, ça c’est la gauche ? Visiblement, oui. Je n’y comprends rien. En plus, si on est de cette gauche, on n’est pas assez à gauche pour une autre gauche, il paraît. Car une autre gauche, plus à gauche, dit que la gauche n’est plus assez à gauche. Ce qui est maladroit, je vous l’accorde. La gauche défend les travailleurs. Mais les travailleurs, c’est qui ? Moi je suis employé de mon entreprise, suis-je aussi un travailleur ? « Non Lucien, tu es un entrepreneur. Les travailleurs, c’est ceux qui ne profitent pas du succès de ton entreprise. Les petites mains ». Cependant, si je vous disais que les petites mains gagnent plus que moi et qu’elles passent avant tout le reste dans mon approche entrepreneuriale. Cela fait-il quand même de moi un homme de droite ?
Parce que la droite, je ne la saisis pas toujours. Lorsque je demande à mes copains de m’expliquer les grands objectifs de leur parti, ils me répondent : « Moins d’impôts, moins de règles, plus de liberté ». C’est drôle de résumer l’économie d’un pays par son succès personnel. Parce que oui, ces gens défendent l’économie, la prospérité et le Chasselas frais. Moi aussi – en ce qui concerne le Chasselas. Il y a deux règles dans un événement ; du Chasselas frais et une bonne sono pour le discours. Ces deux critères n’étaient d’ailleurs pas réunis lors de la restitution de mon équipement militaire. Au fait, l’armée, c’est de droite, non ? Donc si on est pour le service militaire, on est de droite, si j’ai bien compris ? Mais moi j’étais soldat-sanitaire à l’armée, c’est quand même de droite ? J’ai cru que la santé, c’était plutôt de gauche. Y compris les chirurgiens qui ne bossent pas le week-end car ils sont à Verbier ? « Tu t’égares », m’a fait remarquer mon collègue. Je n’avais pas encore fini.
Alors comme ça, l’écologie c’est de gauche. Mais quelqu’un qui travaille dans le social et qui jette son alu dans une poubelle blanche, il est quand même de gauche ? Et quand on est libéral·e mais écolo, on est de gauche ou de droite ? On prend le LEB la semaine, mais le SUV pour amener les gamins au foot le week-end à 2 km. Et lorsqu’on est centriste mais qu’on flirte avec la droite, sommes-nous vraiment « au centre » ? Les écologistes souhaitent une consommation de proximité. Mais l’extrême droite, qui représente également les agriculteurs, aussi. Du coup, sont-ils voisins ? Ces mêmes artisans de la terre critiquent les grands distributeurs, qui eux aussi sont de droite, donc sont-ils quand même du même côté ? Et la classe moyenne, c’est qui ? Parce que la gauche la défend, mais qui est-elle ? Celles et ceux qui paient
Fr. 10’000.- d’impôts par année et à qui il ne reste presque plus rien à la fin du mois ou, celles et ceux qui touchent l’aide sociale car ils sont dans le même cas ? Être bloqué·es dans les bouchons le matin, c’est être de droite ? Oui, pour quelques citadins. Est-ce qu’en résumé, la classe moyenne est représentée par une gauche qui prend seulement le bus ? Car la droite veut plus de voies sur l’autoroute et pourtant, on ne peut pas agrandir l’entrée des villes. C’est si compliqué.
Après maintes réflexions, vais-je voter pour un parti ou un partisan ? Vais-je m’identifier aux idées de droite ou de gauche ? Certains disent qu’il n’y a pas de mauvaises idées en politique, que des avis différents. Néanmoins, la peur fait jaillir des sentiments d’insécurité, de trahison, de perte d’identité. Est-ce que les valeurs helvétiques se résument au nombre d’habitants, au pouvoir d’achat ou à l’impact climatique ? Plusieurs initiatives sont dictées par la peur justement, ou la colère. Des sentiments insoutenables, et légitimes parfois, qui nous poussent vers le déraisonnable. En effet, je suis confronté tous les jours à une communication effrénée sur les réseaux sociaux. Une communication non vérifiée, parfois terrifiante ou désormais, transformée par l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, on nous propose de réduire la redevance pour la RTS et ses différents canaux. Je peux vous assurer une chose mes amis. Préserver l’information produite par des professionnel·les, dans notre pays, c’est protéger notre jeunesse, notre avenir, notre indépendance et notre liberté de penser. Alors bien sûr, il y a quelques émissions qui ne nous touchent pas ou qui sont un peu (trop) progressistes. Certes. Certain·es appellent ça la gauche, moi j’appelle ça l’ouverture d’esprit et la curiosité. Je ne regarde pas la télévision et j’écoute peu la radio mais je ne veux pas faire d’économie sur une nécessité démocratique. Si nous voulons renflouer les caisses, augmentons le prix des vins étrangers, taxons les gens qui ne trient pas le papier et foutons des amendes à celles et ceux qui ne font pas de signe de la main lorsqu’on les laisse traverser au passage piéton… Ça, ce sont de vraies décisions – votez Meylan !
Lucien Meylan
est un jeune entrepreneur, petit-fils d’horloger.
Il nous raconte tous les mois, avec humour et poésie,
le quotidien d’un « petit entrepreneur » vaudois.