Le professeur Michel Fuchs de l’Université de Lausanne, spécialiste d’archéologie romaine, nous a présenté le réseau dense de routes construites par les Romains sur le territoire qui deviendra le pays de Vaud. Comme ailleurs dans le monde romain, ces routes avaient pour but premier le passage des légions ainsi que des messagers du cursus publicus, la messagerie de l’administration impériale. Au fil du temps, ce réseau est aussi devenu un vecteur d’échanges commerciaux et d’influences culturelles et il a structuré durablement notre territoire.
Lorsque le conquérant romain arriva dans la région, celle-ci était loin d’être déserte. Des voies de communication existaient depuis fort longtemps. Ainsi certains passages des Alpes étaient pratiqués par les populations celtes depuis des siècles. Dès le premier siècle avant notre ère, les Romains se rapprochent. Arrivé à Genève en 58 avant notre ère, Jules César fixa les Helvètes sur le Plateau suisse, où ils seront progressivement intégrés à l’empire.
Le professeur Fuchs présente les principaux itinéraires des voies romaines sur la base des traces archéologiques, mais aussi de documents textuels comme la Table de Peutiger, copie médiévale d’un original de l’Antiquité. Un itinéraire bien documenté passe par le col du Grand-Saint-Bernard, rejoint le Rhône à Octodurum (Martigny) et suit la rive droite jusqu’au Léman et au carrefour important qu’était Lousonna (Vidy). Depuis ce bourg installé au bord du lac, on pouvait poursuivre le long du Léman vers la Colonia Iulia Equestris (Nyon). Ou se diriger vers le nord-ouest, en direction du col de Jougne et Vesontio (Besançon). Ou encore se tourner vers le nord, vers Orbe et son exceptionnel palais de Boscéaz aux mosaïques remarquables. On atteint ensuite les bords du lac de Neuchâtel à Eburodunum (Yverdon) avec son port et son castrum. Enfin, de nombreux sites archéologiques balisent les routes menant à Avenches, la civitas des Helvètes. Avenches est un nœud de communication essentiel vers le Nord-Est, par les routes terrestres mais aussi par son port sur le lac de Morat. D’ailleurs, la navigation sur les lacs et les voies fluviales est bien établie. Elle est organisée sur la base de corporations de nautes, bateliers dont certains sont devenus des personnages influents dans l’Helvétie romaine.
Parmi les traces importantes du réseau routier romain, il y a les bornes milliaires. Elles indiquent la distance en milliers de pas vers la ville voisine.
Or il était coutumier qu’un nouvel empereur marque le début de son règne en engageant des travaux de réfection des routes. Par exemple, plusieurs bornes, à Yvorne et Saint-Saphorin, mentionnent l’empereur Claude, dont les légions sont passées dans la région en chemin vers la Grande-Bretagne, une conquête entreprise dès l’an 43. Les tronçons de voies romaines plus ou moins bien conservés sont des sources importantes, mais il y a aussi des indices plus discrets comme les clous des semelles des légionnaires. La photographie aérienne révèle des tracés encore inconnus sous les champs cultivés. Enfin, il y a les multiples sites correspondant aux villes, villages et fermes auxquels le réseau donnait accès.
Le tableau qui se dégage est celui d’un aménagement très serré d’un pays prospère, aux nombreux établissements situés sur le Plateau et aussi des traces de passage sur les cols. Il y a d’ailleurs quelques traces de présence romaine au Marchairuz et au Mollendruz, mais les trouvailles dans la Vallée de Joux font défaut. Du grain à moudre pour les futurs archéologues ?
Connaissance 3