
Et pour expliquer ce titre, revenons au site bâti de l’abbaye du Lac de Joux, l’espace entre la tour et le temple : lieu de passage pas vraiment attrayant, ni convivial dans son contexte. Mais son aménagement entre le temple et la plus ancienne construction de La Vallée, mérite une petite interprétation, de par sa configuration et les quatre portes qu’il offre.
On n’y fait que passer à de rares occasions, le sol de cailloux ronds est certes un rappel d’avant l’aménagement piétonnier de 1966.
Il est emprunté par les courants d’air, rabattus par les hautes façades ou des gonfles formées par la bise dissuadent parfois les visiteurs venus pour la tour. Bien plus, ceux qui quittant un office d’enterrement par la petite porte n’ont que hâte de rejoindre la foule au soleil. C’est là que ces portes de l’abbaye peuvent être sujettes à interprétations « entre la Vie et la mort ».
La Porte étroite, que l’on retrouve dans le Bible sous Math 14, apporte son questionnement à qui cherche un solide message. À l’issue des cultes d’enterrement, c’est par cet étroit réduit qu’on quitte le temple, après un regard discret sur la famille alignée ou la photo du défunt sur son cercueil. À la sortie 3 portes peuvent engager vos pas.
La porte d’en face, centenaire et renforcée de clous, ne doit pas être moins solide que celle qui l’a précédée, en fin du moyen-âge et capable de tenir enfermé quelque maraudeur que les villageois auraient pu retenir avant l’arrivée des gendarmes. Sans oublier le local ou « clou » quand la troupe stationnait au village pendant la Mob. et de cantonnement lors des cours de répétition qui suivirent. L’accès au 3e étage par de raides escaliers offre le coup d’œil sur le lac et la bonne mesure du majestueux site environnant, y compris les toits masquant le cours de la Lionne.
Sur la droite l’arc gothique reconstitué après l’incendie, remonte à la première église d’avant la Réforme, laisse augurer de la grandeur qu’a dû être ce cloître, carré avec peut-être 3 arches par coté soit 12 semblables, mais on peut rêver. Aujourd’hui cet arc mutilé force souvent l’admiration, la réflexion face au lac et au ciel, sans oublier le Ciel.
La grille du cimetière enfin, passage définitif des défunts conserve une vocation plus prosaïque et ouverte vers plus d’espace. Elle porte les noms de trois Rochat, maçons des Bioux artisans du mur d’enceinte en 1822. Toutes les tombes ne sont pas serrées les unes aux autres comme dans les villes, mais parsèment un bel espace de méditation et de silence. Deux jardins du souvenir reçoivent les urnes funéraires.
Les panneaux historiques installés là suffisent à quelques instants de réflexion. L’âme que ces pierres enserrent, des relents du temps passé, le ciment à la chaux très ancien qui a soudé une bien petite communauté et un environnement privilégié entre lac et forêts : à la juste mesure des hommes, tant les scieurs ici établis que les pêcheurs qui se sont parfois disputés avec les gens du Lieu.
Rendez-vous en quinze à la découverte de leurs précurseurs : les moines Prémontrés.
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